Uvira : pendant les grandes vacances, la protection des enfants mise à l’épreuve sur les rives du lac Tanganyika.
Uvira, Sud-Kivu. À la fermeture des établissements scolaires pour les grandes vacances, de nombreux enfants d’Uvira convergent vers les rives du lac Tanganyika à la recherche de loisirs et de moments de détente. En l’absence d’espaces récréatifs adaptés et sécurisés, ce lieu emblématique devient toutefois un environnement à haut risque, exposant les enfants à des dangers parfois mortels. Noyades, blessures, enlèvements et autres menaces suscitent de vives inquiétudes parmi les parents, les acteurs de la protection de l’enfance et les organisations communautaires.
Cette situation expose cependant les enfants à de multiples risques. La noyade demeure l’un des accidents les plus fréquemment signalés pendant les périodes de vacances. Selon plusieurs parents, de nombreux enfants se rendent au lac sans autorisation et sans surveillance, souvent en groupe, alors qu’ils ne disposent pas des compétences nécessaires en natation.
À ce danger s’ajoutent d’autres menaces, notamment la présence d’objets métalliques et tranchants abandonnés sur les berges par les pêcheurs, les accidents provoqués par les courants du lac, les attaques d’animaux aquatiques ainsi que les risques d’enlèvement et de disparition.
Pour KABIONA Alexandre Lweso, responsable de l’organisation Maman Francine, cette réalité trouve son origine dans l’insuffisance d’infrastructures de loisirs adaptées aux besoins des enfants à Uvira. Selon lui, l’absence de parcs et d’espaces récréatifs sécurisés pousse de nombreux jeunes à rechercher des occupations dans des environnements dangereux.
Afin d’offrir une alternative plus sûre, son organisation prévoit de mettre en place diverses activités récréatives et éducatives au cours de cette période de vacances. D’autres initiatives communautaires tentent également de répondre à ce besoin croissant. Le Centre Maman Francine, par exemple, organise des colonies de vacances et des activités d’apprentissage, notamment en langue anglaise. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants au regard du nombre toujours plus important d’enfants en quête d’occupation durant les congés scolaires.
La situation est particulièrement préoccupante pour les enfants déplacés, qui figurent parmi les groupes les plus vulnérables. Exposés à des risques accrus d’exploitation, d’abandon, de violence et de négligence, ces derniers nécessitent une attention et une protection renforcées.
Face à cette réalité, plusieurs parents considèrent l’école comme un véritable espace de protection sociale et plaident pour la mise en place de mécanismes permettant aux enfants de bénéficier d’un encadrement continu, même en dehors des périodes scolaires.
Françoise Mujijima Solange, chargée de l’administration et de la logistique au Centre culturel TUKUTANE Art, rappelle que les vacances constituent avant tout une période d’apprentissage, de découverte et d’épanouissement pour les enfants. Elle souligne cependant que, sans accompagnement approprié, cette quête naturelle de nouvelles expériences peut conduire les jeunes à s’exposer à des risques considérables, notamment en s’aventurant dans les eaux du lac Tanganyika.
Elle appelle ainsi les médias, les associations et les organisations de la société civile à intensifier les campagnes de sensibilisation sur les dangers liés à la fréquentation du lac. Elle recommande également la mise en œuvre de programmes d’apprentissage de la natation encadrés par des professionnels qualifiés, afin de réduire les risques d’accidents et de sauver des vies.
De son côté, Barika Yoshua, coordonnateur urbain de la Société Civile des Compatriotes Congolais (SOCICCO-RDC), exhorte les parents à assumer pleinement leur responsabilité en matière de protection de l’enfance. Selon lui, le lac Tanganyika demeure un espace présentant de nombreux dangers et ne saurait être considéré comme un terrain de jeu pour les enfants sans surveillance adéquate.
Dans un contexte marqué par l’insuffisance d’infrastructures récréatives et l’absence d’une réponse coordonnée des pouvoirs publics, la protection des enfants pendant les grandes vacances apparaît aujourd’hui comme une véritable urgence humanitaire à Uvira.
Article rédigé dans le cadre du projet « Habari Za Mahali », financé par La Benevolencija et mis en œuvre à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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