Uvira : les accusations de sorcellerie contre les femmes âgées alimentent stigmatisation et violences populaires
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Les accusations de sorcellerie visant les femmes âgées continuent de provoquer des actes de stigmatisation, d'exclusion sociale et parfois de violences populaires dans plusieurs quartiers de la ville et du territoire d'Uvira, au Sud-Kivu. Ces pratiques, profondément ancrées dans certaines communautés, exposent de nombreuses femmes à des traitements dégradants et à une marginalisation souvent irréversible.
Pour comprendre les causes de ce phénomène et ses conséquences sur les victimes, plusieurs acteurs de la société civile, de la justice et de la santé mentale ont livré leurs analyses. Selon Maître Mbilizi Mafou, défenseur des droits humains à Kiliba, les femmes âgées sont particulièrement ciblées par ces accusations, notamment dans la plaine de la Ruzizi.
« C'est vrai que les femmes les plus âgées sont souvent pointées du doigt comme sorcières dans la communauté, surtout dans la plaine de la Ruzizi, spécifiquement à Kiliba. On les accuse d'être à l'origine de décès ou de malheurs par la sorcellerie. Pourtant, ce ne sont pas toutes les femmes âgées qui pratiquent la sorcellerie. Beaucoup n'ont même aucune connaissance de ces pratiques », explique-t-il.
Il déplore que ces accusations reposent souvent sur des préjugés liés à l'âge et conduisent parfois à des actes de violence. « Certaines femmes sont fusillées, tabassées ou lynchées à cause de simples accusations. Celles qui survivent vivent dans la stigmatisation et l'embarras. Elles sont isolées, sans soutien familial ni communautaire. Même leurs propres enfants s'éloignent parfois d'elles après de telles accusations », ajoute-t-il.
Au-delà de la stigmatisation sociale, ces accusations débouchent régulièrement sur des cas de justice populaire. Des personnes soupçonnées sont humiliées, agressées ou chassées sans aucune procédure judiciaire. Pour Maître Elie Kingombe, cette situation s'explique notamment par la colère collective et la faible confiance accordée aux institutions judiciaires.
« Lorsqu'une personne décède brusquement dans un quartier, certains habitants accusent immédiatement une prétendue sorcière et recourent à la justice populaire. Pourtant, cette pratique n'est pas recommandée. Les citoyens devraient saisir les juridictions compétentes au lieu de se faire justice eux-mêmes », souligne-t-il.
Il estime que les autorités ont la responsabilité de renforcer la sensibilisation des populations afin de prévenir ces violences. « Le gouvernement et les autorités locales devraient mener des campagnes de sensibilisation pour expliquer que le recours à la violence n'est pas une solution. Il faut également sensibiliser les jeunes qui sont souvent les plus impliqués dans ces actes », poursuit-il.
Selon lui, la libération rapide de certains détenus ainsi que le manque de magistrats dans plusieurs juridictions d'Uvira contribuent également au développement de la justice populaire. Les conséquences de ces accusations dépassent largement le cadre physique et social. Elles ont également un impact considérable sur la santé mentale des victimes et de leurs familles.
Madame Louise Mwajuma, membre d'une clinique de consultance et d'assistance psychologique à Uvira, explique que ces accusations provoquent des traumatismes profonds: « En accusant les femmes de sorcellerie, nous détruisons notre communauté. Les victimes vivent dans la peur permanente d'être agressées ou tuées. Elles souffrent d'insomnie, de honte, de perte d'estime de soi et, dans certains cas, développent des idées suicidaires », affirme-t-elle.
Elle souligne également que les enfants des victimes subissent eux aussi les conséquences de ces accusations: « Les enfants sont parfois qualifiés d'enfants de sorcières. Les victimes sont exclues de leur famille, abandonnent leurs activités économiques et certaines sont contraintes de fuir vers d'autres localités pour retrouver un environnement plus sûr », précise-t-elle.
Face à cette situation, certaines organisations et structures spécialisées assurent un accompagnement psychosocial des survivantes. Madame Louise Mwajuma appelle néanmoins la population à abandonner ces pratiques et à privilégier les voies légales en cas de soupçons ou d'accusations. Alors que les cas d'accusations de sorcellerie continuent d'être signalés dans plusieurs localités d'Uvira, les défenseurs des droits humains plaident pour une intensification des actions de sensibilisation, une meilleure protection des personnes vulnérables et un renforcement du système judiciaire afin de mettre fin à ces violences qui touchent principalement les femmes âgées.
Article produit dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI exécutée par le consortium UNPC-UFMP-COMEL sous le financement de Labenevolenciya.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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