UVIRA : L’impact de la désinformation sur la prévention contre Ebola
Dans la ville d’Uvira, à l’est de la République démocratique du Congo, la lutte contre l’épidémie d’Ebola demeure confrontée à un défi majeur : la propagation de rumeurs et de fausses informations. Ces messages erronés circulent principalement au sein des communautés locales, sur les réseaux sociaux et par le bouche-à-oreille, influençant négativement les comportements de la population.
Pour Monsieur Espoir Nono, coordonnateur urbain de la Société civile des nationalistes congolais, ce phénomène n’est pas nouveau. Les acteurs de santé intervenant dans l’Est de la RDC, notamment à Uvira, constatent que les mêmes rumeurs réapparaissent à chaque flambée d’Ebola. Ces observations sont également confirmées par plusieurs études sur les ripostes sanitaires menées dans le pays.
Selon lui, certaines croyances persistent particulièrement dans les zones où la confiance envers les institutions sanitaires a été fragilisée par des crises antérieures. Parmi les rumeurs les plus répandues figurent celles affirmant qu’Ebola serait « un business des ONG » ou encore que « les Blancs inventent Ebola ». Pourtant, rappelle-t-il, des organisations comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’ont pas pour mission de créer des maladies, mais de surveiller les épidémies, de les confirmer scientifiquement et d’appuyer les autorités sanitaires dans leur contrôle.
Il souligne que le principal danger de la désinformation réside dans le fait qu’elle décourage l’adoption des mesures de protection, notamment le recours aux soins, la vaccination et le respect des recommandations sanitaires, favorisant ainsi la propagation de la maladie.
De son côté, Ndakundi Rashidi Jostant, représentant des infirmiers de la ville et du territoire d’Uvira, rappelle que même si aucun cas d’Ebola n’est actuellement signalé à Uvira, la province du Sud-Kivu demeure exposée en raison de sa proximité avec le Nord-Kivu, région déjà touchée par l’épidémie.
« Ebola n’est pas chez nous à Uvira, mais la maladie est présente dans notre voisinage. Nous devons donc nous protéger et respecter les recommandations des autorités sanitaires », insiste-t-il. Selon lui, la proximité géographique avec les zones affectées impose une vigilance permanente de la part de la population.
Pour sa part, Cléophas Bumba, directeur de la Radio Télévision Lukula et journaliste spécialisé en Fact Checking " ventilation des faits " estime que les rumeurs et la désinformation constituent les principaux obstacles à une communication efficace dans la lutte contre Ebola à Uvira et dans son territoire. Il explique que ces fausses informations circulent à travers les réseaux sociaux, certaines radios et les échanges informels au sein des communautés.
Certaines de ces rumeurs présentent Ebola comme une invention politique ou étrangère, ce qui empêche une partie de la population de croire à l’existence de la maladie et d’adopter les mesures préventives recommandées. À cela s’ajoute un manque de confiance envers les autorités sanitaires et parfois envers les médias.
Selon lui, les médias ont un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation des communautés. Ils doivent diffuser des informations validées par les autorités sanitaires, s’appuyer sur des sources fiables telles que le ministère de la Santé et l’OMS, et vérifier systématiquement les informations avant leur publication.
Au niveau médical, l'infirmier titulaire Jérémie Sosthène, du Centre médical Tanganyika, rappelle qu’il ne s’agit pas de la première apparition d’Ebola dans la région. Il regrette toutefois que de nombreuses personnes continuent à sous-estimer la gravité de cette maladie.
Il recommande le respect strict des mesures préventives, notamment la limitation des contacts physiques, l’évitement des poignées de main, des accolades et de tout contact direct susceptible de favoriser la transmission du virus. Il insiste également sur la nécessité, pour les prestataires de soins, d’éviter tout contact avec les liquides biologiques des patients, ceux-ci pouvant être porteurs du virus.
Le professionnel de santé souligne par ailleurs que toute personne présentant de la fièvre doit faire l’objet d’une surveillance particulière, la fièvre figurant parmi les premiers signes de la maladie. Il précise que plusieurs mesures de prévention sont similaires à celles appliquées pendant la pandémie de Covid-19, même si l’usage systématique du masque n’occupe pas la même place dans la prévention d’Ebola.
Pour Jérémie Sosthène, le principal défi reste la négligence. « Souvent, les gens ne respectent les mesures préventives qu’après avoir vu un malade ou un décès. Pourtant, l’essentiel est de prendre les mesures barrières au sérieux avant que la maladie ne se propage », avertit-il.
Article rédigé dans le cadre du projet « Habari Za Mahali », financé par La Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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