Sud-Kivu : l'insécurité dans la plaine de la Ruzizi plonge la ville d'Uvira dans une grave crise alimentaire
À Uvira, l'insécurité ne se mesure plus uniquement au crépitement des armes. Elle se ressent désormais dans les marchés, dans les foyers et dans le panier de la ménagère. La dégradation continue de la situation sécuritaire dans la plaine de la Ruzizi, principal bassin agricole de la région, menace aujourd'hui l'équilibre alimentaire de toute la ville.
Véritable poumon nourricier du territoire d'Uvira, la plaine de la Ruzizi traverse une crise profonde consécutive à la recrudescence des violences armées. À Kiliba comme à Sange, les activités agricoles sont fortement perturbées par les attaques répétées, les pillages, les enlèvements et les violences sexuelles qui frappent les populations civiles.
Dans plusieurs villages, des cultivateurs ont abandonné leurs terres pour fuir l'insécurité et préserver leurs vies. Les champs, autrefois sources de subsistance, sont devenus des zones à haut risque. Cette paralysie du cycle agricole provoque déjà des conséquences visibles sur l'approvisionnement des marchés d'Uvira. Selon l'agronome Philippe Bahunde, les pillages systématiques ont affecté les récoltes ainsi que le bétail des agriculteurs.
« Les pillages ont décimé les récoltes et le bétail. Ce chaos productif entraîne une rareté immédiate des produits de base sur les marchés d'Uvira-ville », explique-t-il.
Cette baisse de production entraîne une flambée des prix des denrées alimentaires de première nécessité, aggravant davantage les conditions de vie des ménages déjà fragilisés par des mois de crise. De son côté, Amani Kato Jérémie, coordonnatrice de l'Association des Vendeurs de Produits Agricoles, alerte sur le risque croissant d'une crise alimentaire durable dans la région.
« La ville d'Uvira restera exposer à une insécurité alimentaire aiguë si rien de concret n'est fait pour soutenir les cultivateurs de la plaine », prévient-il.
Face à cette situation, il plaide pour la mise en place d'un programme d'appui direct aux coopératives agricoles locales afin de relancer rapidement la production et contribuer à la stabilisation des prix sur les marchés. Toutefois, plusieurs acteurs locaux estiment qu'aucune relance durable ne sera possible sans un retour effectif de la sécurité dans la plaine de la Ruzizi.
Pour de nombreux habitants d'Uvira, la paix sociale et la sécurité alimentaire restent étroitement liées. Tant que les agriculteurs ne pourront pas accéder librement à leurs terres, l'espoir d'un retour à une vie normale reste fragile.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP. aidez-moi à corriger cet article