Santé

Sud-Kivu : Face à l’escalade des violences dans la plaine de la Ruzizi, des analystes appellent les infirmiers à suspendre leur grève pour sauver des vies

Matumabiri Masumbuko Matou Journaliste - blogueur
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Sud-Kivu : Face à l’escalade des violences dans la plaine de la Ruzizi, des analystes appellent les infirmiers à suspendre leur grève pour sauver des vies
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La situation sécuritaire déjà fragile dans la plaine de la Ruzizi continue de se détériorer, alors que les attaques attribuées aux rebelles du M23–AFC ont fait de nombreux blessés au sein de la population civile. Dans ce contexte alarmant, plusieurs analystes et acteurs sociaux appellent les infirmiers de la province du Sud-Kivu à suspendre temporairement leur mouvement de grève pour répondre à l’urgence humanitaire.

Depuis plusieurs semaines, les infirmiers des structures sanitaires publiques observent une grève dénonçant le non-respect, par le gouvernement central, des engagements pris à leur égard, notamment en matière de primes et d’amélioration des conditions de travail. Une situation qui a déjà fortement paralysé les services hospitaliers dans plusieurs zones de santé, aggravant la vulnérabilité des populations.

Pour certains observateurs, maintenir la grève au moment où les violences se multiplient pose un sérieux dilemme éthique. Ils rappellent que le serment d’Hippocrate impose aux professionnels de santé de protéger la vie humaine en toute circonstance.
« Ne pas lever la grève dans un tel contexte équivaut à s’éloigner des principes fondamentaux de la profession médicale », affirment-ils.

Un analyste basé à Uvira, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, a réagi ce dimanche 6 décembre au cours d’un entretien téléphonique. Selon lui, si la grève demeure un droit légitime, la situation actuelle exige un sens élevé de responsabilité.

« Les infirmiers ont des revendications justes et cela ne fait aucun doute. Mais lorsque des vies sont menacées chaque jour et que les blessés affluent dans les centres de santé, l’amour du métier, la solidarité humaine et la conscience professionnelle devraient primer. La grève ne devrait pas mettre davantage de vies en danger », a-t-il déclaré.

 

La Nouvelle Société Civile Congolaise, axe Sud-Sud-Kivu, a récemment publié un rapport inquiétant. Celui-ci fait état de plus de 200 décès enregistrés dans différentes zones de santé de la province, des décès que l’organisation attribue directement au manque de prise en charge dû au mouvement de grève.

Ce bilan, qui pourrait s’alourdir à mesure que les affrontements se poursuivent dans la plaine de la Ruzizi, suscite une vague d’indignation au sein de la population. Plusieurs habitants interrogés dénoncent une double souffrance : d’un côté l’insécurité provoquée par les groupes armés, de l’autre l’absence de soins pour les blessés qui arrivent souvent dans des états critiques.

Dans certaines structures sanitaires, les rares agents restés en poste affirment être débordés. Ils parlent de salles d’urgence saturées, de manque de matériel et de difficultés pour référer les patients les plus gravement atteints vers des hôpitaux mieux équipés.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler le gouvernement central à accélérer les négociations avec les infirmiers afin de trouver une solution qui concilie à la fois les revendications du personnel médical et l’impératif de sauver des vies.

Entre revendications sociales légitimes et urgence humanitaire, le Sud-Kivu se retrouve une fois de plus confronté à un dilemme difficile, laissant les populations civiles payer le prix le plus lourd.

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