Santé

Uvira : Les femmes déplacées de Lubarika alertent sur les maladies liées au manque d’hygiène et l’oubli des autorités

Matumabiri Masumbuko Matou Journaliste - blogueur
3 min de lecture
Mis à jour le 22/08/2025 à 07:13
Partager :
Partagé !
Uvira : Les femmes déplacées de Lubarika alertent sur les maladies liées au manque d’hygiène et l’oubli des autorités
Illustration en image

Dans le village de Lubarika, situé dans le groupement d’Itara Luvungi, territoire d’Uvira (Sud-Kivu), les femmes déplacées de guerre vivent dans une détresse grandissante. Installées depuis plusieurs mois dans des salles de classe et des familles d’accueil, elles alertent aujourd’hui sur la multiplication de maladies liées au manque d’hygiène et dénoncent l’abandon dont elles se disent victimes.

Ces familles ont fui Kamanyola et ses environs au mois de février dernier, au plus fort des affrontements entre les rebelles du M23-AFC et les forces gouvernementales. Après plusieurs jours de marche, elles ont trouvé refuge à Lubarika, localité restée sous contrôle du gouvernement congolais mais située à quelques kilomètres seulement des zones encore occupées par les rebelles. Depuis, leur quotidien est marqué par la faim, le dénuement et l’absence d’assistance.

Des conditions sanitaires alarmantes

Lors d’une descente effectuée le mercredi 20 août par le média d'information en ligne  Tumaini Africa News, un programme de l’association sans but lucratif Mwanadamu Tumanini (MTU ASBL), plusieurs femmes déplacées ont accepté de témoigner. Elles décrivent une situation sanitaire préoccupante.

« Nous n’avons pas de kits hygiéniques, ce qui complique tout. Plusieurs familles utilisent une seule toilette, et l’eau potable est très difficile à trouver », explique Mwadjuma Tantine, mère de plusieurs enfants dont des triplés. Son témoignage illustre les défis quotidiens auxquels sont confrontées les déplacées, particulièrement les mères de famille.

Le manque d’accès à l’eau propre, conjugué à la promiscuité dans les salles de classe transformées en abris, accroît le risque de propagation de maladies hydriques et infectieuses. Des femmes affirment également que certaines d’entre elles souffrent déjà d’infections cutanées et génitales.

La voix des jeunes filles

Les jeunes déplacées ne sont pas épargnées. Cibalonza Nsimire, élève en première année technique sociale, raconte son calvaire :
« Ma peau est déjà couverte de démangeaisons à cause du manque de savon et d’autres produits d’hygiène. Nous dormons à même le sol, sans matelas ni moustiquaires. Depuis notre arrivée, nous n’avons reçu aucune aide, ni du gouvernement ni des organisations humanitaires. C’est le calvaire au quotidien. »

Elle souligne également la difficulté de traverser la période menstruelle sans produits adaptés. « Nous manquons totalement de serviettes hygiéniques. C’est humiliant et dangereux pour notre santé », ajoute-t-elle, appelant à une intervention urgente.

Un appel resté sans réponse

Depuis leur arrivée à Lubarika, ces déplacées disent n’avoir bénéficié d’aucun soutien officiel. Ni le gouvernement central, ni les autorités locales, ni même les grandes organisations humanitaires n’ont, selon elles, apporté une assistance significative. Elles affirment vivre grâce à la solidarité de quelques familles d’accueil déjà elles-mêmes en difficulté.

« Nous sommes oubliées. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas même de l’eau. Nos enfants tombent malades et nous n’avons aucun moyen de les soigner », témoigne une autre femme rencontrée sur place.

Une urgence humanitaire silencieuse

Les témoignages recueillis à Lubarika dressent le portrait d’une urgence humanitaire silencieuse, loin des grandes villes et donc rarement relayée. Dans un contexte où les combats persistent encore dans certaines zones du Sud-Kivu, ces familles déplacées craignent de sombrer dans l’oubli complet.

Les femmes de Lubarika lancent un appel pressant au gouvernement congolais, aux organisations humanitaires et aux associations locales pour une assistance immédiate en kits d’hygiène, nourriture, médicaments et accès à l’eau potable.

En attendant, elles continuent de survivre dans des conditions qui mettent leur santé et leur dignité en péril.

Mots-clés :

Uvira Christian RDC Autres