Sud-Kivu 2 : les enseignants totalisent près de deux mois sans salaire, l’intersyndicale hausse le ton
Les enseignants de la province éducationnelle du Sud-Kivu 2 (Uvira-Fizi) vivent une situation de plus en plus préoccupante, marquée par le non-paiement de leurs salaires. Dans un entretien accordé à notre rédaction ce mardi 14 avril, le président porte-parole de l’intersyndicale des enseignants, Jean-Pierre Irenge Batachoka, dénonce une précarité persistante et interpelle le gouvernement.
Selon ce responsable syndical, les enseignants s’approchent de deux mois sans percevoir leur rémunération. « À ce jour, nous sommes déjà au 14 avril, et le Gouvernement n’a même pas amorcé le paiement du mois de mars », regrette-t-il. Il souligne également la situation particulière de certains enseignants pris en charge par Caritas, qui attendent encore le paiement des frais de fonctionnement et de la prime de gratuité, avec des arriérés remontant parfois jusqu’au mois de novembre.
Jean-Pierre Irenge Batachoka insiste sur les conditions difficiles dans lesquelles travaillent les enseignants du Sud-Kivu 2, une zone confrontée à une insécurité persistante. Entre la menace des groupes armés et l’absence de salaire, les enseignants vivent, selon lui, dans « une psychose permanente ». Il qualifie d’ailleurs leur rémunération de « SIDA », entendant par là un « Salaire Insignifiant Difficilement Acquis », pour illustrer la dure réalité quotidienne du corps enseignant.
Concernant les appels à la grève observés dans certaines provinces du pays, l’intersyndicale du Sud-Kivu 2 adopte une position prudente. Le président indique que toute décision de grève doit être prise après consultation des enseignants. « Peut-on envisager une grève sans la tenue préalable d’une assemblée générale ? Qui décide, sinon la base elle-même ? », s’interroge-t-il. Il précise que cette retenue est motivée par le respect de la hiérarchie syndicale nationale, actuellement en dialogue avec les autorités.
Malgré cette attitude mesurée, l’intersyndicale prévient que sa patience a des limites. « Si le Gouvernement persiste dans cette logique de marginalisation des enseignants, nous serons dans l’obligation de consulter notre base pour des décisions fermes », avertit Jean-Pierre Irenge Batachoka.
À l’approche des examens certificatifs, l’inquiétude grandit également. Le syndicat déplore que le gouvernement n’ait pas encore honoré ses engagements financiers liés à l’organisation de ces épreuves. « Comment comprendre qu’un État se dise incapable de financer l’éducation, tout en mobilisant des ressources pour d’autres priorités ? », s’indigne-t-il.
En attendant une solution, l’intersyndicale appelle les enseignants à faire preuve de patience et salue leur résilience face à cette situation difficile. « Vous êtes des héros vivants », conclut le président porte-parole, tout en espérant une amélioration rapide des conditions de vie des enseignants du Sud-Kivu 2.