Uvira : entre pénurie d’eau et promiscuité, les déplacés exposés à une crise sanitaire silencieuse
À Uvira, les conditions de vie des personnes déplacées internes continuent d’inquiéter les acteurs sanitaires et communautaires. Dans plusieurs sites d’accueil, les familles ayant fui l’insécurité vivent dans une grande précarité marquée par le manque d’eau potable, l’insuffisance des infrastructures hygiéniques et une forte promiscuité. Cette situation favorise la propagation de maladies épidémiques dites « silencieuses », notamment chez les enfants de moins de cinq ans, considérés comme les plus vulnérables.
Les acteurs communautaires alertent sur les risques permanents liés à la rougeole, aux diarrhées, au choléra ainsi qu’à d’autres infections causées par le manque d’assainissement.
Selon Monsieur Byamungu Amisi Innocent, infirmier traitant dans la zone de santé d’Uvira, la situation de la rougeole reste toutefois relativement maîtrisée grâce aux campagnes de vaccination et aux séances de sensibilisation organisées dans les sites de déplacés. Il estime à environ 1 % le taux d’enfants de moins de cinq ans actuellement touchés par cette maladie.
« Nous continuons à sensibiliser les parents afin qu’ils reconnaissent rapidement les symptômes de la rougeole et conduisent leurs enfants dans les structures sanitaires », explique-t-il.
Il souligne également que la disponibilité des vaccins et l’accompagnement des relais communautaires ont permis de réduire sensiblement la mortalité liée à cette maladie parmi les enfants déplacés. Malgré ces avancées, certains parents restent réticents aux mesures préventives et demeurent influencés par des croyances traditionnelles qui retardent parfois la vaccination et la prise en charge médicale.
« Certaines familles continuent encore de croire que les maladies peuvent être soignées uniquement par des pratiques traditionnelles, ce qui retarde souvent la prise en charge des enfants », déplore-t-il.
Dans le site de déplacés de Kasenga, les conditions sanitaires restent particulièrement préoccupantes. Mapenzi Malimbuko Claude, un déplacé, décrit une promiscuité extrême dans les installations sanitaires. Selon lui, plusieurs familles sont contraintes de partager une même toilette.
« Dans une seule toilette, vous pouvez retrouver cinq à six familles », affirme-t-il.
Cette situation favorise la propagation rapide des maladies diarrhéiques et hydriques. Le manque de latrines pousse également certains habitants à pratiquer la défécation à l’air libre, aggravant les risques de contamination.
À ces difficultés s’ajoute une grave pénurie d’eau potable. Monsieur Mapenzi indique que les habitants du site de Kasenga sont privés d’eau au robinet depuis déjà 28 jours. Cette situation oblige les familles à parcourir de longues distances pour s’approvisionner ou à utiliser des sources d’eau non sécurisées, augmentant ainsi les risques de maladies d’origine hydrique.
Les femmes et les enfants figurent parmi les principales victimes de cette crise, passant plusieurs heures chaque jour à chercher de l’eau pour les besoins essentiels, tandis que les conditions d’hygiène continuent de se dégrader dans les abris de fortune.
Face à cette urgence sanitaire, les acteurs communautaires appellent les autorités locales, les organisations humanitaires et les partenaires internationaux à intervenir rapidement afin d’éviter une catastrophe sanitaire dans les sites de déplacés d’Uvira. Ils réclament notamment le rétablissement de l’approvisionnement en eau potable, la construction de nouvelles latrines, le
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.