Société

RDC : L’Assemblée nationale rejette les poursuites judiciaires contre Nicolas Kazadi

Matumabiri Masumbuko Matou Journaliste - blogueur
3 min de lecture
Mis à jour le 15/06/2025 à 20:39
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RDC : L’Assemblée nationale rejette les poursuites judiciaires contre Nicolas Kazadi
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Kinshasa, 14 juin 2025 – L’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo rejette ce samedi 14 juin la demande du Procureur général près la Cour de cassation visant à engager des poursuites contre le député national Nicolas Kazadi. L’ancien ministre des Finances était accusé de propagation de faux bruits et de divulgation de secrets d’État, à la suite de ses récentes sorties médiatiques dénonçant une prétendue mauvaise gestion des finances publiques.

Sur les 370 députés présents en plénière, 357 ont voté contre la levée de l’immunité parlementaire de Nicolas Kazadi, 6 ont voté pour et 7 se sont abstenus. Cette décision fait suite à l’analyse d’un dossier transmis à la chambre basse par le parquet, qui reprochait à l’élu d’avoir tenu des propos attentatoires à la sécurité de l’État. Les accusations faisaient suite à des déclarations publiques dans lesquelles Kazadi affirmait que plus de 80 établissements publics avaient été créés sans couverture budgétaire ni base légale claire, dénonçant ainsi une « gabegie financière ».

Pour examiner le dossier, l’Assemblée avait mis sur pied une commission spéciale. Celle-ci a conclu que les faits avancés par le Procureur général ne constituent pas une infraction prévue par le Code pénal congolais. Selon ses membres, l’infraction de « divulgation de secrets d’État » n’est applicable qu’en matière militaire, et donc inadaptée au statut civil de l’élu. Par ailleurs, les propos incriminés seraient basés sur des documents accessibles au public, tels que des rapports de l’Inspection générale des finances (IGF) et des délibérations du Conseil des ministres, déjà relayés dans les médias.

Nicolas Kazadi, de son côté, a qualifié la procédure engagée contre lui de tentative d’intimidation politique. Il affirme avoir été brièvement interpellé le 8 mai à Mbuji-Mayi, en compagnie de son épouse, par des agents du Conseil national de cyberdéfense. Il accuse ces derniers d’avoir tenté de le transférer à Kinshasa en violation de son immunité parlementaire.

Dans une brève déclaration après le vote, le député a salué la « maturité de l’Assemblée » et affirmé qu’il n’a fait qu’user de sa liberté d’expression garantie par la Constitution. « Je n’ai rien inventé. J’ai simplement posé un débat citoyen sur la manière dont les deniers publics sont gérés dans ce pays », a-t-il déclaré.

Cette décision du Parlement intervient dans un contexte où les tensions au sein de la majorité présidentielle se font plus visibles. Plusieurs observateurs estiment que ce rejet vise à protéger la liberté d’expression des élus, tandis que d’autres dénoncent un deux poids, deux mesures dans le traitement des personnalités politiques, rappelant que d'autres membres du gouvernement, comme la ministre de la Justice Rose Mutombo, ont vu leur immunité levée pour des faits similaires.

Le cas Kazadi relance le débat sur l’étendue de l’immunité parlementaire, la séparation des pouvoirs et l’usage des institutions judiciaires dans les affaires politiques. Reste à savoir si cette décision calmera les tensions ou alimentera davantage les suspicions sur une instrumentalisation de la justice.

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