RDC : Fixation du prix de la carte de presse à 105 USD, des journalistes du Sud-Kivu expriment leur ras-le-bol
La décision de l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC) de fixer à plus de 100 dollars américains le coût global de la carte de presse continue de susciter une vague d’indignation parmi les professionnels des médias du Sud-Kivu. De Kamituga à Mwenga, en passant par Uvira et Baraka, plusieurs journalistes dénoncent une mesure qu’ils jugent déconnectée de leurs réalités socio-économiques et du contexte sécuritaire préoccupant dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans un communiqué officiel référencé N°001/UNPC/CD/KKM-JZW/2025, l’UNPC annonce la fixation de nouveaux frais liés à la délivrance de la carte d’identité professionnelle du journaliste congolais, aux cotisations annuelles ainsi qu’au coupe-fil, communément appelé laissez-passer presse. Selon ce document, le prix du formulaire de demande est fixé à 5 dollars américains, tandis que la carte d’identité professionnelle, toutes catégories confondues — journalistes professionnels, professionnels des médias, journalistes stagiaires et membres honoraires — est établie à 50 dollars. À ces frais s’ajoutent le prix du coupe-fil fixé à 25 dollars ainsi que la cotisation annuelle obligatoire de 25 dollars, portant le coût total à 105 dollars américains.
L’UNPC justifie cette décision par la nécessité d’assurer un financement transparent, durable et prévisible de ses missions statutaires, notamment la production et la sécurisation des cartes professionnelles ainsi que la gestion du fichier national des journalistes.
Sur le terrain, cette justification peine à convaincre. À Kamituga, dans le territoire de Mwenga, un journaliste a exprimé son désarroi dans un message largement relayé sur les réseaux sociaux : « Comment, dans ce contexte, puis-je trouver 105 dollars pour payer la carte de presse ? Je gagne difficilement 20 dollars par mois dans ce métier », écrit-il.
Un autre journaliste du territoire de Mwenga déplore une décision qu’il juge insensible à la réalité vécue par les professionnels des médias dans l’Est du pays. Il invite les autorités à s’impliquer davantage dans le secteur de la presse, soulignant que la guerre, les déplacements massifs des populations — y compris des journalistes — et la précarité généralisée rendent ce paiement presque impossible. « Demander 105 dollars dans cette période, c’est nous exclure du métier », estime-t-il.
À Uvira, plusieurs journalistes partagent le même sentiment d’injustice. Ils estiment que le nouveau comité de l’UNPC n’a pas pris en compte les conditions de vie des journalistes locaux, souvent faiblement rémunérés et évoluant dans un environnement économique fragile. À Baraka, des professionnels des médias dénoncent une décision qu’ils qualifient de centralisée et déconnectée des réalités provinciales.
Plusieurs voix plaident ainsi pour la mise en place d’une tarification différenciée selon les zones géographiques. « Il serait préférable de créer des zones avec des prix adaptés au niveau de vie de chaque milieu », propose un journaliste basé à Uvira.
Pendant ce temps, l’UNPC rappelle que le non-paiement des frais et cotisations expose les membres aux sanctions prévues par les statuts et le règlement intérieur, notamment la suspension des droits statutaires. Une position qui renforce les inquiétudes de nombreux journalistes locaux, qui craignent d’être marginalisés dans l’exercice de leur profession.
Face à la contestation grandissante, plusieurs professionnels des médias appellent à un dialogue inclusif entre l’UNPC et les journalistes de base afin de revoir cette décision à la lumière du contexte sécuritaire, économique et social particulièrement difficile que traverse l’Est de la République démocratique du Congo.
La Rédaction