Rapprocher la vaccination des familles pour protéger chaque enfant à Uvira
Uvira, Sud-Kivu: À Uvira et dans les zones environnantes, l’accès à la vaccination reste un défi pour de nombreuses familles. L’insécurité, les déplacements de populations, la précarité économique et l’éloignement des structures sanitaires empêchent encore certains enfants de recevoir à temps les vaccins contre la rougeole, la rubéole, la poliomyélite et d’autres maladies évitables. À Luvungi, dans la plaine de la Ruzizi, des parents expliquent que les difficultés de déplacement et les besoins essentiels du ménage passent parfois avant la vaccination. Pour les familles vulnérables, notamment celles dirigées par des femmes, les frais de transport peuvent constituer un obstacle supplémentaire.
Pour Innocent Muhala, l’insécurité a un impact direct sur l’accès des enfants aux soins préventifs. Des familles ont été déplacées vers le Burundi ou vivent dans des zones affectées par les conflits, ce qui complique leur accès aux services de santé.Il estime que la gratuité des vaccins est un acquis important, mais qu’elle doit être accompagnée d’activités de proximité. « Certaines familles n’ont pas les moyens nécessaires pour se déplacer », souligne-t-il, appelant les équipes de vaccination à se rapprocher davantage des communautés vulnérables. Les parents demandent également à être informés suffisamment tôt des dates et lieux des séances. Les activités avancées dans les quartiers éloignés pourraient ainsi réduire les déplacements et permettre de toucher davantage d’enfants.
Le manque d’information sur le calendrier vaccinal constitue un autre défi. Le docteur Delphin Rukakiza Shushira, médecin chef d’antenne du Programme élargi de vaccination (PEV) à Uvira, indique que l’antenne couvre neuf zones de santé dans les territoires de Fizi et d’Uvira ainsi que dans la zone d’Itombwe. Il souligne que de nombreux parents ignorent encore que la vaccination contre la rougeole comprend désormais une deuxième dose à 15 mois, après celle administrée autour de neuf mois. Cette méconnaissance contribue à une couverture insuffisante de la deuxième dose, estimée à environ 70 % dans l’antenne PEV d’Uvira. « Beaucoup de parents ne sont pas bien informés que le vaccin contre la rougeole se donne actuellement jusqu’à 15 mois de vie chez tous les enfants », explique-t-il.
Selon le responsable du PEV, les vaccins et intrants nécessaires sont disponibles. Des stratégies de vaccination systématique, de surveillance et de campagnes sont mises en œuvre, avec des interventions spécifiques dans les zones difficiles d’accès. Pour atteindre les enfants qui échappent encore aux services de vaccination, les acteurs recommandent de renforcer les séances avancées, les activités de proximité et le travail avec les relais communautaires.
Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de l’organisation Ubuntu Grands Lacs, estime que les leaders locaux ont un rôle important à jouer dans la sensibilisation. Les églises, associations, réunions communautaires et radios locales peuvent servir de relais pour informer les parents sur l’importance de la vaccination et les dates des séances. « Le défi, c’est lorsque l’information n’arrive pas à circuler », rappelle-t-il, plaidant pour une sensibilisation de masse à travers les radios communautaires et les relais présents dans les quartiers.
La réussite de cette mobilisation nécessite l’implication des autorités locales, des services de santé, des organisations humanitaires, des leaders religieux et communautaires ainsi que des familles elles-mêmes. Une meilleure coordination permettrait notamment d’identifier les enfants non vaccinés et de concentrer les efforts sur les zones les plus difficiles à atteindre. À Uvira, la disponibilité des vaccins doit donc s’accompagner d’un accès réel aux services. Pour les familles, la vaccination doit rester gratuite, proche et suffisamment expliquée.
Rapprocher les équipes des communautés, renforcer l’information et mobiliser les relais locaux sont autant de moyens de réduire les obstacles liés à la distance, au transport, à l’insécurité et au manque d’information. Cette approche est essentielle pour protéger les enfants les plus vulnérables contre la rougeole, la rubéole, la poliomyélite et d’autres maladies évitables.
Article est rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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