La rentrée scolaire, un nouveau défi pour les familles vulnérables à Uvira
À l’approche de la rentrée scolaire, l’accès à l’éducation demeure une préoccupation majeure pour de nombreuses familles à faibles revenus dans la ville d’Uvira et ses environs. Entre la hausse du coût de la vie, les difficultés économiques, l’insécurité et le coût des fournitures scolaires, plusieurs ménages peinent à réunir les ressources nécessaires pour permettre à leurs enfants de reprendre le chemin de l’école dans de bonnes conditions.
Dans la plaine de la Ruzizi, notamment à Kiliba, cette réalité est particulièrement perceptible. Pour les familles qui vivent essentiellement de l’agriculture, les difficultés économiques s’ajoutent aux aléas qui affectent leurs moyens de subsistance. Pour Jacques Biganulwa, parent d’élèves, la situation est encore plus préoccupante au niveau de l’enseignement secondaire, où les charges liées à la scolarité restent difficiles à supporter pour les ménages vulnérables. Il appelle les autorités à renforcer les mesures d’accompagnement en faveur des familles les plus démunies.
Dans les établissements scolaires d’Uvira, les responsables observent également les conséquences de la précarité économique des ménages. Kalala Mwambay Stephano, chef d’établissement, identifie notamment le manque de ressources financières, le prix élevé des fournitures et des uniformes ainsi que l’insécurité parmi les principaux obstacles à la rentrée. Cette situation oblige certains parents à établir des priorités entre les besoins essentiels du ménage. Lorsque les ressources disponibles sont insuffisantes, l’alimentation et la sécurité de la famille peuvent passer avant les dépenses liées à la scolarisation. Une telle situation risque d’entraîner des retards dans la reprise des cours, voire de fragiliser durablement la scolarité de certains enfants.
Le paiement échelonné et les mécanismes de solidarité constituent ainsi des réponses locales à une situation qui dépasse les seules capacités des établissements scolaires. Toutefois, ces initiatives restent limitées face à l’ampleur des besoins.Les difficultés auxquelles sont confrontées les familles interviennent dans un contexte où les organisations humanitaires et locales font elles-mêmes face à des contraintes financières. Matumabiri Masumbuko, coordinateur de l’association MWANADAMU TUMAINI, souligne que la diminution des financements destinés aux organisations humanitaires affecte plusieurs secteurs, dont celui de l’éducation. « Depuis que les États-Unis ont mis fin aux financements en appui aux organisations humanitaires, beaucoup d'organisations restent sans financement, ce qui touche beaucoup de secteurs, notamment le secteur éducatif. »
Malgré ces contraintes, certaines organisations locales poursuivent leurs efforts afin d’apporter un soutien aux enfants issus des familles les plus vulnérables. Ces initiatives reposent notamment sur la mobilisation communautaire et les collectes de fonds. « Il y a des organisations locales qui font des collectes de fonds dans le cadre de venir en aide aux enfants les plus vulnérables. Nous-mêmes, l'association Mwanadamu Tumaini, avons assisté les années passées plus de 250 enfants à Lubarika, en territoire d'Uvira. »
Pour cet acteur local, la réponse à la crise éducative ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les organisations humanitaires. L’État, les établissements scolaires, les communautés et les partenaires doivent agir de manière complémentaire afin de garantir aux enfants un accès durable à une éducation de qualité.
À quelques jours de la rentrée scolaire, les témoignages recueillis à Uvira et dans la plaine de la Ruzizi mettent en évidence une réalité préoccupante : pour de nombreuses familles vulnérables, la rentrée ne représente pas seulement la reprise des cours, mais aussi un défi financier majeur. L’achat des fournitures, des uniformes et d’autres matériels scolaires, auquel s’ajoutent les frais liés à la scolarité secondaire, pèse lourdement sur des ménages déjà confrontés à la hausse du coût de la vie et aux conséquences de l’insécurité. Pour les familles vivant de l’agriculture, les difficultés de production viennent davantage fragiliser des revenus déjà limités.
Au-delà de la seule rentrée, l’enjeu est celui de la continuité éducative et de l’avenir d’une génération d’enfants confrontés aux conséquences de la précarité et de l’insécurité. Pour que les difficultés économiques ne deviennent pas un obstacle définitif à leur scolarisation, les différents acteurs sont appelés à unir leurs efforts et à faire de l’accès à une éducation de qualité une priorité.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par la Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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