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Kamituga : le refus des pièces de monnaie abîmées alimente la grogne des habitants

Matumabiri Masumbuko Matou Journaliste - blogueur
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Kamituga : le refus des pièces de monnaie abîmées alimente la grogne des habitants
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À Kamituga, dans la province du Sud-Kivu, le refus des pièces de monnaie en mauvais état par certains commerçants continue de susciter une vive controverse. Dans plusieurs marchés et points de vente, des clients se voient régulièrement rejeter leurs pièces jugées usées ou détériorées, compliquant ainsi les transactions quotidiennes.
Cette pratique, de plus en plus répandue, perturbe les échanges de proximité, essentiels à la vie économique locale. Pour de nombreux habitants, elle constitue une contrainte supplémentaire dans un contexte déjà marqué par des difficultés financières.
« On nous met dans une position difficile. Même avec de l’argent en poche, il devient parfois impossible d’acheter quoi que ce soit », déplore un jeune résident du quartier Calvaire. Une vendeuse de beignets partage également son inquiétude : « Les clients pensent que c’est nous qui refusons, mais en réalité, nous subissons aussi cette situation, car certaines pièces ne sont plus acceptées ailleurs ».
Pour plusieurs citoyens, ce phénomène s’apparente à une forme de désorganisation économique qui pénalise davantage les populations les plus vulnérables. Il entretient également une confusion sur la valeur réelle de la monnaie en circulation.
Du côté des commerçants, certains justifient leur position par des contraintes liées à la chaîne d’approvisionnement. « Si j’accepte une pièce abîmée, mon fournisseur peut la refuser. Cela représente une perte pour moi », explique un tenancier de boutique du centre-ville.
Cette logique, largement partagée, contribue à instaurer un climat de méfiance autour des pièces de monnaie. Peu à peu, seules celles en bon état sont acceptées, excluant de fait une partie de la monnaie pourtant encore en circulation. Une dynamique qui alimente un cercle vicieux où chaque acteur rejette ce qu’il craint de ne pas pouvoir réutiliser.
La situation est aggravée par la rareté de la monnaie divisionnaire dans la région. Depuis la fermeture des banques locales en février 2025, l’accès aux petites coupures et aux pièces s’est fortement réduit, désorganisant la circulation monétaire. Les habitants doivent désormais composer avec une double contrainte : le manque de monnaie et le refus de celle disponible.
Face à cette réalité, les appels à une intervention des autorités se multiplient. « L’État doit agir pour mettre fin à cette pratique, sinon la situation risque de s’aggraver », alerte un conducteur de moto-taxi. D’autres estiment qu’une campagne de sensibilisation auprès des commerçants serait nécessaire pour restaurer la confiance dans les échanges.
En l’absence de mesures concrètes, cette controverse autour des pièces de monnaie abîmées reflète une crise plus profonde du système économique local. Entre pénurie de liquidités et pratiques commerciales contestées, la population de Kamituga se retrouve confrontée à des difficultés croissantes dans ses transactions quotidiennes.

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