Uvira : la précarité économique pousse certains enfants à travailler au détriment de leur scolarité
À Uvira et à Kiliba, dans la province du Sud-Kivu, la précarité économique de certains ménages contraint encore des enfants à exercer de petites activités rémunératrices, parfois au détriment de leur scolarité. Petit commerce, transport de marchandises, travaux domestiques ou autres activités génératrices de revenus occupent une partie du temps que ces enfants devraient consacrer à l’école, aux devoirs et au repos.
Dans des familles confrontées à la pauvreté, à la baisse des revenus et aux difficultés de satisfaire les besoins essentiels, la contribution économique des enfants apparaît parfois comme une nécessité. Pourtant, cette situation peut avoir des conséquences importantes sur leur parcours scolaire et leur développement.
À Kiliba, un enfant rencontré par notre rédaction témoigne de la difficulté de concilier travail et études. Les contraintes économiques de sa famille l’obligent à consacrer une partie de son temps à une activité génératrice de revenus, réduisant ainsi le temps disponible pour suivre les cours, faire ses devoirs et se reposer.
À terme, cette situation peut favoriser les retards, les absences répétées, la fatigue et la baisse des performances scolaires. Lorsque le phénomène se prolonge, le risque d’abandon scolaire devient également plus important, compromettant les perspectives d’avenir des enfants concernés.
Pour Séraphin Akili, préfet du Complexe scolaire Horizon, l’école doit jouer un rôle central dans la prévention du travail des enfants et le maintien des élèves dans le système éducatif. Il plaide notamment pour un meilleur encadrement scolaire et extrascolaire, ainsi que pour l’implication des familles, des clubs de lecture et des espaces amis des enfants.
« Il faut d'abord envoyer les enfants à l'école pour qu'ils soient encadrés. Cela pourrait leur épargner toutes sortes d'accidents qui pourraient surgir. Ils peuvent également être encadrés à la maison avec des travaux et des devoirs, ou être orientés vers des clubs de lecture et des espaces amis des enfants où ils peuvent participer à des activités récréatives », explique-t-il.
Mais la réponse ne peut pas se limiter à l’école. Pour Séraphin Akili, la lutte contre le travail des enfants doit également prendre en compte les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les familles. Il encourage les parents à développer des activités génératrices de revenus et à rejoindre les associations villageoises d’épargne et de crédit afin d’accéder à des financements susceptibles de renforcer leurs activités.
La mise en place de cantines scolaires, l’organisation d’activités éducatives après les cours et l’accompagnement des ménages particulièrement vulnérables figurent également parmi les pistes proposées pour réduire la pression économique exercée sur les enfants.
Du côté des services de protection de l’enfant, le phénomène est considéré à la fois comme une question de droits et de responsabilité familiale. Fabrice Kamuta, chargé de la protection des enfants au bureau du Genre, de la Famille et de l’Enfant dans la ville d’Uvira, rappelle que la législation congolaise reconnaît comme enfant toute personne âgée de moins de 18 ans.
Il souligne que l’enfant doit pouvoir évoluer dans un environnement adapté à son âge, où il peut notamment étudier, se reposer et se développer dans des conditions sécurisées. Certaines tâches familiales adaptées à l’âge et aux capacités de l’enfant peuvent être acceptables. En revanche, les travaux lourds, dangereux ou susceptibles de porter atteinte à sa santé, à sa sécurité ou à son développement doivent être combattus.
La réduction du travail des enfants à Uvira et à Kiliba nécessite ainsi une réponse globale. Le renforcement des activités économiques des parents, l’accès aux mécanismes d’épargne et de crédit, l’accompagnement social des ménages vulnérables et le soutien aux dépenses liées à la scolarité peuvent contribuer à diminuer la pression qui pèse sur les enfants.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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