lundi 10 août 2026

Uvira : l'impunité freine l'accès à la justice des femmes victimes de violences

TAN
La Rédaction Journaliste
4 min de lecture
Mis à jour le 31/07/2026
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Uvira : l'impunité freine l'accès à la justice des femmes victimes de violences
Uvira : l'impunité freine l'accès à la justice des femmes victimes de violences

Dans la ville et le territoire d'Uvira, l'accès à la justice demeure un défi majeur pour les femmes et les filles victimes de violences. L'absence de poursuites contre les auteurs, les lenteurs judiciaires, les contraintes financières et les difficultés d'accès aux tribunaux alimentent un climat d'impunité qui fragilise davantage la protection des survivantes. Selon plusieurs acteurs judiciaires et de défense des droits humains, cette situation contribue à renforcer le sentiment d'abandon des victimes, tout en décourageant de nombreuses femmes à engager ou à poursuivre des procédures judiciaires.
Pour Me Elie Kingombe, l'absence de magistrats dans certaines juridictions constitue l'une des principales causes du dysfonctionnement de la justice dans la région.« L'absence des magistrats fait que les juridictions ne peuvent pas fonctionner. Lorsqu'il y a un cas de viol et que les victimes veulent poursuivre les auteurs, cette situation reste bloquée faute de juges. Cette situation crée également des problèmes pour les survivantes de viol. Elle engendre un sentiment de rejet. Comme les malfaiteurs ne sont pas jugés, ils continuent à commettre des bavures. L'autorité de l'État n'est donc pas pleinement exercée dans la ville », explique-t-il.
Au-delà des insuffisances institutionnelles, les obstacles économiques compliquent également l'accès des survivantes à la justice. Dans la plaine de la Ruzizi, où vivent de nombreuses victimes, les tribunaux compétents sont situés à plusieurs dizaines de kilomètres, obligeant les justiciables à supporter des frais de transport et d'hébergement souvent hors de leur portée.
Me Kishingo Limbe, défenseur des droits de l'homme basé à Sange, souligne que cette réalité prive de nombreuses femmes de leur droit à un recours judiciaire.« Nous vivons dans la plaine de la Ruzizi, à près de 60 kilomètres de la ville d'Uvira où sont implantées les institutions judiciaires. La plupart des justiciables ne disposent pas de moyens suffisants pour se déplacer jusqu'à Uvira afin d'introduire une plainte », indique-t-il.»
Les organisations spécialisées estiment que cette impunité a également des conséquences profondes sur la santé mentale des survivantes. Elles rappellent que l'accompagnement psychosocial reste essentiel pour aider les victimes à se reconstruire et à retrouver leur place dans la société. Madame Sereine Sogoti, coordonnatrice de la Clinique de Consultance et d'Assistance Psychologique (CCAP Asbl), affirme que l'absence de condamnation des auteurs de violences sexuelles aggrave les traumatismes des survivantes.« L'absence de condamnation des auteurs de violences produit chez les survivantes un sentiment d'abandon, d'injustice et d'insécurité permanente. Psychologiquement, cela entraîne des troubles. Quand la victime voit son agresseur circuler librement, elle se sent mal et traumatisée. Elle pense que sa souffrance n'est ni reconnue ni protégée par la société, et la stigmatisation commence. Nous appelons donc à ce que justice soit rendue », plaide-t-elle.»
Face à ces défis, les acteurs de la société civile recommandent le renforcement de la présence des magistrats, l'amélioration de l'accès aux services judiciaires dans les zones rurales ainsi que le développement des mécanismes d'accompagnement juridique, psychosocial et de réparation en faveur des survivantes. Ils estiment que la lutte contre l'impunité constitue une étape indispensable pour garantir une protection effective des femmes et des filles victimes de violences dans la ville et le territoire d'Uvira.
Article rédigé dans le cadre du programme Habari za Mahali, exécuté par le consortium UNPC–COMEL–UFMP

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TAN MEDIA

Journaliste - Blogueur

Passionné par l'actualité africaine

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