Traumatismes des enfants à Uvira : l’urgence d’un accompagnement psychosocial face aux violences et déplacements forcés
Uvira. Derrière le calme précaire qui succède parfois aux affrontements armés, une crise silencieuse continue de fragiliser l'avenir de toute une génération. Des milliers d'enfants, marqués par les violences, les déplacements forcés et la perte de leurs repères familiaux, vivent avec des traumatismes psychologiques profonds qui compromettent leur développement, leur parcours scolaire et leur intégration sociale.
Selon le psychiatre Josué Asifiwe Byamungu, les conflits armés laissent des séquelles durables sur la santé mentale des enfants. Ceux-ci développent fréquemment des troubles du comportement, une anxiété intense, des cauchemars récurrents, des difficultés d'apprentissage et un repli sur soi qui affectent leur vie quotidienne. Pour ce spécialiste, ces souffrances ne peuvent être ignorées et nécessitent une prise en charge rapide et adaptée.
« Un accompagnement psychosocial permet à l'enfant de retrouver un sentiment de sécurité, d'exprimer ses émotions et de reconstruire progressivement sa résilience », explique-t-il.
Sur le terrain, les professionnels de la santé mentale poursuivent leurs interventions malgré des moyens limités. La psychologue clinicienne Bernadette Simba souligne que plusieurs approches thérapeutiques sont mises en œuvre pour aider les enfants à surmonter leurs traumatismes. Les séances individuelles, les groupes de parole, les activités récréatives et les initiatives communautaires offrent aux jeunes victimes des espaces où elles peuvent s'exprimer librement et commencer un processus de guérison.
Toutefois, l'ampleur des besoins dépasse largement les capacités d'intervention actuelles. Le nombre d'enfants nécessitant un accompagnement psychologique continue d'augmenter au rythme des crises sécuritaires qui secouent la région.
Face à cette situation, la psychologue Louise Mazambi plaide pour une réponse plus structurée. Elle recommande l'intégration de cellules de soutien psychologique dans les établissements scolaires ainsi que dans les espaces communautaires afin de rendre ces services accessibles aux enfants et à leurs familles.
« L'école ne doit pas seulement être un lieu d'apprentissage, mais également un espace de protection et de reconstruction psychologique », estime-t-elle, appelant les autorités publiques ainsi que les partenaires humanitaires à renforcer durablement les services de santé mentale.
Pour sa part, Mapenzi Manyebwa, assistant social, invite l'État congolais, les organisations internationales et les acteurs locaux à investir davantage dans la protection psychosociale des enfants victimes des conflits armés. Il recommande notamment la création de centres de loisirs et de récréation offrant aux jeunes des espaces sûrs où ils peuvent retrouver une vie sociale, développer leur confiance et reconstruire leur avenir. Il plaide également pour le déploiement de psychologues qualifiés auprès des communautés les plus touchées afin d'assurer un accompagnement régulier et de contribuer à la guérison des traumatismes liés aux violences.
Au-delà de l'urgence humanitaire, le soutien psychosocial constitue aujourd'hui un investissement essentiel pour la paix et la stabilité de demain. Prendre soin de la santé mentale des enfants victimes des conflits, c'est leur offrir la possibilité de grandir dans la dignité, de retrouver l'espoir et de devenir les acteurs d'un avenir plus résilient pour la région.
Article rédigé dans le cadre du projet Habari za Mahali, financé par La Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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