Tanzanie : la crise s’intensifie après l’élection contestée, des centaines de morts selon l’opposition
Dar es Salaam, 1er novembre 2025 ,
Depuis la tenue des élections générales du 29 octobre dernier, la Tanzanie vit au rythme de violentes manifestations et d’une répression meurtrière. Selon l’opposition, plus de 700 personnes auraient perdu la vie dans plusieurs villes du pays. Un chiffre que le gouvernement dément, parlant d’« opérations de maintien de l’ordre ».
Tout est parti de la proclamation anticipée de la victoire de la présidente sortante Samia Suluhu Hassan, candidate du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM). L’opposition, dont plusieurs leaders avaient été arrêtés ou empêchés de se présenter, a aussitôt dénoncé une « élection sans concurrence ».
Dès le lendemain du scrutin, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Dar es Salaam, Mwanza, Dodoma, Arusha et d’autres villes, réclamant la vérité des urnes. Les forces de sécurité ont riposté avec des balles réelles, du gaz lacrymogène et des arrestations massives. Le parti Chadema, principale formation d’opposition, affirme que « plus de 700 civils » ont été tués depuis le début des manifestations. De son côté, le bureau des droits humains de l’ONU évoque seulement « plusieurs dizaines de morts confirmés », tout en dénonçant un usage excessif de la force et l’impossibilité d’obtenir un bilan fiable à cause du blackout d’Internet imposé par le gouvernement.
'' Nos forces n’ont tiré sur personne sans raison. Nous protégeons la paix et la stabilité du pays '' , a déclaré le général Jacob John Mkunda, chef d’état-major des armées, lors d’une conférence de presse à Dar es Salaam.
« Ceux qui sèment le désordre seront arrêtés et jugés selon la loi », a-t-il ajouté.
Malgré la répression, les protestations continuent dans plusieurs régions. Des vidéos circulant clandestinement montrent des foules scandant “We want our country back” (« Nous voulons récupérer notre pays ») ou encore “No election, no peace”. À Dar es Salaam, des témoins rapportent des scènes de panique :
'' Nous n’avons jamais vu une telle violence depuis des années. Les gens fuient, les magasins sont fermés et personne ne sait ce qui se passe vraiment '' , raconte Neema K., une commerçante jointe par téléphone.
Dans certaines zones, notamment à Mwanza et Arusha, des familles auraient commencé à quitter leurs maisons par crainte de nouvelles vagues de répression. Plusieurs ONG locales parlent d’un climat de terreur et de silence imposé, les journalistes indépendants étant surveillés ou contraints de se cacher.
Des rumeurs ont circulé sur les réseaux sociaux faisant état d’une fuite de la présidente Samia Suluhu Hassan vers un pays voisin. Toutefois, aucune source crédible ne confirme cette information. Le gouvernement tanzanien a qualifié ces affirmations de « propagande de l’opposition » destinée à semer la panique. Dans un bref message diffusé par la télévision nationale, la cheffe de l’État a déclaré :
'' Je suis à mon poste et je continue à diriger la nation. La Tanzanie restera unie et stable malgré les tentatives de déstabilisation. ''
Le pays reste sous couvre-feu nocturne et sous forte présence militaire. Les communications Internet et les médias sociaux demeurent restreints. Les organisations internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont appelé à la retenue et à une enquête indépendante sur les violences commises.
'' Le monde doit ouvrir les yeux sur ce qui se passe en Tanzanie. C’est une tragédie humaine en cours '' , a dénoncé un militant des droits humains tanzanien contacté sous anonymat.
Entre la version officielle qui parle de maintien de l’ordre et celle de l’opposition évoquant un massacre de masse, la vérité reste difficile à établir. Une chose est sûre : la Tanzanie traverse l’une des crises politiques les plus graves de son histoire récente, mettant en péril la stabilité de ce pays longtemps présenté comme un modèle de paix dans la région des Grands Lacs.