Lac Tanganyika : entre préservation des ressources halieutiques et survie des communautés riveraines
À Uvira, dans l’Est de la RDC, la suspension périodique des activités de pêche sur le lac Tanganyika continue de susciter des inquiétudes au sein des communautés riveraines. Présentée par les autorités comme une mesure destinée à protéger les ressources halieutiques et favoriser la reproduction des poissons, cette fermeture a cependant de lourdes conséquences économiques pour des milliers de familles vivant de la pêche artisanale.
Depuis l’application de cette mesure, plusieurs pêcheurs et vendeuses de poissons disent ne plus parvenir à couvrir les besoins essentiels de leurs ménages, notamment l’alimentation, les soins médicaux et les frais scolaires. Dans les territoires d’Uvira, Fizi, Kalemie et Moba, la pêche demeure la principale source de revenus pour de nombreuses familles.
Les pays riverains du lac Tanganyika — la RDC, le Burundi, la Tanzanie et la Zambie — appliquent depuis plusieurs années des périodes de fermeture biologique afin de reconstituer les stocks de poissons menacés par la pêche illicite, la capture des alevins et l’exploitation excessive des zones de reproduction.
Mais pour les pêcheurs, trois mois sans activité représentent une épreuve difficile dans un contexte déjà marqué par la crise économique et l’insécurité dans l’Est du pays.
« S’il y a fermeture du lac sans nous préparer, nous serons fragilisés. Nous disons non à cette fermeture, mais ils peuvent prendre d’autres mécanismes pour protéger les poissons ainsi que des mesures d’accompagnement. Procéder à la fermeture sans notre implication, c’est agir contre nous », a déclaré MASEMO RUGANIRA, président des pêcheurs.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs communautaires estiment que les coopératives de femmes peuvent offrir des alternatives économiques grâce aux activités de transformation alimentaire, d’agriculture maraîchère, de petit élevage, de microfinance et de commerce local.
« Ces coopératives aident souvent les femmes vendeuses de poissons à survivre pendant cette période difficile. Elles ne doivent pas dépendre uniquement de la pêche. Nous les encourageons à investir dans d’autres activités génératrices de revenus », a expliqué Madame Louise Mwajuma, membre de l’Association des femmes pour le développement intégral.
Les observateurs soulignent également l’impact de la pollution sur la raréfaction des poissons dans le lac.« Les déchets plastiques qui se déversent dans le lac détruisent les zones de reproduction des poissons. Cela contribue à leur rareté et complique davantage la vie des pêcheurs », a affirmé M. Yenga Fazili, appelant les autorités à renforcer les mesures de protection environnementale.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI financé par la Benevolencija et exécuté par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.