La méfiance de certaines communautés complique la riposte contre la maladie à virus Ebola à Uvira
Uvira, Sud-Kivu. Alors que les autorités sanitaires et leurs partenaires intensifient les efforts pour contenir la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola, la méfiance persistante d'une partie de la population demeure un obstacle majeur à l'efficacité de la riposte. Dans la ville et le territoire d'Uvira, certaines communautés continuent de douter de l'existence de la maladie ou refusent d'appliquer les mesures de prévention recommandées, compliquant le travail des équipes engagées sur le terrain.
Malgré les campagnes de sensibilisation menées dans les zones touchées, des rumeurs, des incompréhensions et des croyances socioculturelles continuent d'alimenter la réticence de certaines populations. Dans plusieurs localités, des habitants remettent encore en question la réalité de l'épidémie, retardant ainsi l'adoption des comportements susceptibles de limiter la propagation du virus.
À Kiliba, dans la plaine de la Ruzizi, les leaders communautaires soulignent que les perceptions sociales, les croyances culturelles et certaines pratiques traditionnelles influencent fortement la manière dont les populations accueillent les messages de prévention. Selon eux, une riposte efficace passe nécessairement par une implication active des communautés dans toutes les étapes de la lutte contre Ebola.
Pour Jules Mushagalusa, jeune leader communautaire de Kiliba, les doutes exprimés par certains habitants résultent principalement d'un manque d'information.
« C'est par ignorance que certaines personnes affirment que la maladie à virus Ebola n'existe pas. Nous voyons pourtant des vidéos montrant la souffrance des malades et les professionnels de santé confirment la réalité de cette maladie. Ceux qui pensent qu'Ebola a été inventé n'ont tout simplement pas été confrontés à cette réalité, car ils vivent loin des zones les plus touchées », explique-t-il.
Au-delà de la sensibilisation, les acteurs de la riposte estiment que le rétablissement de la confiance constitue une condition indispensable pour freiner la propagation de l'épidémie. Selon BYENIGULU Deidei Pacifiques, animateur communautaire au sein de la zone de santé d'Uvira, plusieurs facteurs expliquent la méfiance observée dans certaines communautés.
« Les principaux défis de la sensibilisation concernent le manque de confiance envers les autorités, les croyances culturelles ou religieuses, ainsi que la pauvreté qui pousse certaines personnes à privilégier la recherche de nourriture avant les mesures de prévention. Pour améliorer la coordination entre les autorités sanitaires, les acteurs humanitaires et les communautés locales, il est essentiel de placer les leaders locaux au cœur des prises de décision, d'harmoniser les plans d'action et d'assurer une communication transparente et régulière », souligne-t-il.
Dans ce contexte, les leaders religieux et communautaires apparaissent comme des acteurs incontournables de la riposte. Grâce aux liens de confiance qu'ils entretiennent avec les populations, ils facilitent la diffusion des messages de prévention, combattent les fausses informations et encouragent l'adoption de pratiques sanitaires compatibles avec les réalités culturelles locales.
Le pasteur Mwanga Buchwe, de l'Église Uwezo, témoigne de l'importance de cette proximité dans les actions de sensibilisation.
« Les leaders communautaires, notamment les pasteurs, sont écoutés et respectés. La population leur fait davantage confiance qu'aux équipes extérieures. Ils connaissent les réalités culturelles et peuvent expliquer, par exemple, pourquoi les enterrements sécurisés sont nécessaires sans heurter les familles. Ils ont également la capacité de corriger rapidement les fausses informations qui circulent parmi leurs fidèles », affirme-t-il.
Face aux résistances persistantes, les acteurs humanitaires insistent sur la nécessité d'une approche fondée sur le dialogue, l'écoute et la participation communautaire. Renforcer la confiance entre les populations, les autorités sanitaires et les organisations partenaires apparaît aujourd'hui comme l'un des leviers les plus importants pour améliorer l'efficacité de la riposte et limiter la propagation de la maladie.
Article rédigé dans le cadre du projet Habari Za Mahali, financé par La Benevolencija et mis en œuvre à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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