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Kinshasa : Tshisekedi et l’ONU resserrent les rangs pour relancer une diplomatie commune face à la crise persistante dans l’Est de la RDC

Matumabiri Masumbuko Matou Journaliste - blogueur
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Kinshasa : Tshisekedi et l’ONU resserrent les rangs pour relancer une diplomatie commune face à la crise persistante dans l’Est de la RDC
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Dans un contexte régional marqué par la persistance des violences dans l’Est de la République démocratique du Congo, la rencontre de ce mardi 18 novembre entre le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Huang Xia, apparaît comme un moment déterminant pour la relance des efforts diplomatiques. Reçu dans les bureaux présidentiels de la Cité de l’Union africaine, le diplomate onusien est venu recueillir la lecture du Chef de l’État congolais sur les multiples processus de paix menés ces derniers mois, aussi bien sur le plan africain qu’international.

D’entrée de jeu, Huang Xia a mis en avant l’importance d’une approche coordonnée pour tenter d’enrayer une crise qui n’a cessé de se complexifier au fil des années. Le diplomate a rappelé que, malgré l’accumulation des initiatives, les résultats tardent à se concrétiser sur le terrain. « J’ai échangé avec le Président pour comprendre sa vision sur la situation actuelle, les efforts de paix africains, ainsi que ceux conduits par les États-Unis et le Qatar », a-t-il expliqué.

Pour lui, la principale difficulté réside dans le manque de synergie entre les différents acteurs engagés dans la recherche de solutions. « Nous espérons une collaboration plus forte entre les acteurs africains et externes afin d’assurer un impact réel et immédiat. Seule une action concertée peut permettre de mettre fin à cette crise qui dure depuis la résurgence du M23 en novembre 2021 », a insisté l’Envoyé spécial.

Au-delà d’un simple échange d’informations, la rencontre a été l’occasion d’évaluer l’état d’avancement des nombreux engagements pris depuis près de trois décennies. Depuis les années 1990, plusieurs accords ont été signés, plusieurs feuilles de route adoptées et plusieurs mécanismes régionaux mis en place. Mais peu d’entre eux ont été appliqués dans leur intégralité. C’est ce constat que Huang Xia a jugé nécessaire de transformer en moteur d’action. « Le moment est venu de passer de la théorie aux actes. Une mise en œuvre franche, sincère et sérieuse de tous les engagements est indispensable pour espérer une paix globale et durable », a-t-il insisté.

L’ONU, selon lui, ne compte pas se limiter à un rôle d’observateur. Le diplomate a réaffirmé que l’organisation mobilise tous les outils à sa disposition pour soutenir les initiatives politiques et sécuritaires visant la pacification de l’Est du Congo. « Les Nations Unies accompagnent et appuient pleinement l’ensemble des démarches entreprises, qu’elles soient africaines ou extérieures. L’objectif est d’accélérer la sortie de crise », a-t-il assuré, soulignant que la situation humanitaire et sécuritaire ne permet plus d’attendre davantage.

La crise dans l’Est de la RDC ne concerne pas uniquement le territoire congolais : elle affecte toute la région des Grands Lacs, où plusieurs pays sont engagés, directement ou indirectement, dans des processus diplomatiques parfois concurrents. C’est pourquoi cette visite à Kinshasa intervient au moment où la CIRGL, resurgissant progressivement sur la scène diplomatique, tente de regagner en crédibilité. Huang Xia n’a pas manqué de féliciter le Président Tshisekedi pour l’organisation réussie du 9ᵉ Sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, tenu récemment dans la capitale congolaise. Pour lui, cette réussite démontre la capacité des dirigeants de la région à se rassembler autour d’une même vision, malgré les divergences persistantes.

En toile de fond de cette rencontre, l’enjeu reste immense : restaurer une paix véritable dans une zone où les populations vivent depuis longtemps au rythme des déplacements forcés, des violences et de l’insécurité chronique. Si la volonté politique semble se renforcer, les attentes des populations, elles, se font de plus en plus pressantes.

La rencontre de Kinshasa pourrait donc marquer un tournant si les différents acteurs parviennent à harmoniser leurs approches. Pour de nombreux observateurs, l'avenir de la région dépendra de la capacité des responsables politiques et diplomatiques à dépasser la logique des initiatives fragmentées pour aboutir à un front diplomatique unifié. C’est ce message que Huang Xia est venu réaffirmer : seule une diplomatie cohérente, portée conjointement par l’Afrique et ses partenaires internationaux, permettra d’envisager enfin une sortie de crise durable.

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