Crise humanitaire à Uvira : les acteurs appellent à renforcer la lutte contre les violences basées sur le genre dans les camps de déplacés
À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, les violences basées sur le genre (VBG) continuent de représenter un défi humanitaire majeur dans les camps de personnes déplacées. Face à la recrudescence des cas et aux difficultés rencontrées par les survivantes pour accéder à une prise en charge adaptée, les organisations de la société civile et les acteurs humanitaires plaident pour un renforcement des mécanismes de prévention, de protection et d'assistance.
Le docteur Nerval Songolo Mutambala, coordonnateur de l'organisation Women Future Life, indique que plusieurs formes de VBG sont recensées dans les sites de déplacés, notamment l'exploitation sexuelle, le harcèlement sexuel, les abus sexuels, les violences physiques, psychologiques et économiques. Selon lui, certains abus seraient même commis par des membres du personnel humanitaire chargés de venir en aide aux populations déplacées. Il souligne également que certaines femmes sont contraintes d'échanger des rapports sexuels contre de la nourriture, de l'argent ou d'autres biens essentiels, tandis que des mariages forcés sont parfois utilisés comme stratégie de survie. Ces violences, rappelle-t-il, ont des conséquences graves sur la santé physique et mentale des survivantes.
Le coordonnateur de Women Future Life relève également plusieurs obstacles à la dénonciation des violences, notamment la peur des représailles, la stigmatisation, le rejet familial ou communautaire, la honte, les traumatismes psychologiques, le manque de confiance envers les autorités judiciaires ainsi que les difficultés d'accès aux services de santé et de soutien psychosocial.
De son côté, Willy Seremba, coordonnateur assistant de l'organisation CRIPAD, estime que les déplacements de population provoqués par les conflits armés et les catastrophes naturelles ont aggravé les besoins humanitaires à Uvira. Il décrit des milliers de déplacés vivant dans des conditions précaires, sous des bâches exposées aux intempéries, avec un accès limité aux abris, à l'alimentation, aux soins de santé et aux services essentiels. Selon lui, les capacités des organisations humanitaires restent insuffisantes pour répondre à l'ensemble des besoins, d'où la nécessité de renforcer la collaboration entre les partenaires humanitaires et les comités locaux afin d'améliorer la protection des personnes déplacées.
Pour Jean Claude Nyange, membre de l'organisation Jeunes Solution, les violences basées sur le genre sont désormais utilisées comme une véritable arme de guerre. Il rappelle que de nombreuses femmes sont victimes de viols, souvent accompagnés de grossesses non désirées et de lourdes séquelles psychologiques. Il insiste sur le fait que les VBG englobent également les violences physiques, psychologiques et d'autres formes d'abus.
Afin d'inverser cette tendance, Jean Claude Nyange recommande d'intensifier les campagnes de sensibilisation et de formation sur les droits des femmes, de mieux faire connaître les mécanismes de recours et de renforcer l'implication des communautés ainsi que des services de sécurité dans les actions de prévention. Il souligne que son organisation mène déjà des activités de sensibilisation sur les droits humains et la cohabitation pacifique pour contribuer à la réduction des violences dans les camps.
Les acteurs interrogés convergent sur un même constat : seule une réponse humanitaire renforcée, combinant prévention, protection, prise en charge médicale et psychosociale, autonomisation économique des survivantes et mobilisation communautaire, permettra de mieux protéger les femmes et les filles affectées par les conflits et les déplacements forcés à Uvira.
Article rédigé dans le cadre du projet HABARI ZA MAHALI, financé par La Benevolencija et exécuté par le Consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
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