Cameroun : Paulcm Biya prête serment pour un huitième mandat, l’opposition dénonce une élection “truquée”
Le président camerounais Paul Biya a officiellement prêté serment ce jeudi 6 novembre 2025 à Yaoundé pour un huitième mandat consécutif, après avoir été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du mois dernier. À 92 ans, celui qui dirige le Cameroun depuis plus de quarante ans promet de “poursuivre la stabilité et le développement du pays”, tandis que l’opposition continue de rejeter les résultats du scrutin, dénonçant une fraude massive.
Dans une salle comble de l’Assemblée nationale, en présence des membres du gouvernement, du corps diplomatique et de plusieurs chefs d’État africains, Paul Biya a juré de “remplir loyalement les devoirs de sa charge et de respecter la Constitution”. La cérémonie a été retransmise en direct à la télévision nationale, dans une atmosphère solennelle et sous haute surveillance sécuritaire.
Selon les résultats officiels proclamés par le Conseil constitutionnel, Paul Biya a remporté l’élection avec 53,7 % des suffrages. Son principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, aurait obtenu environ 39 %, selon les chiffres de la commission électorale. Ce dernier, ancien ministre devenu opposant, rejette catégoriquement ces résultats. “Ce scrutin est une mascarade. Je suis le vrai vainqueur”, a-t-il déclaré dans une conférence de presse à Garoua, dénonçant un “vol électoral organisé par le régime”.
Depuis la publication des résultats, plusieurs manifestations ont été enregistrées dans différentes villes du pays, notamment à Douala, Garoua et Bafoussam. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les rassemblements, parfois à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation. Des témoins parlent de blessés et d’arrestations parmi les partisans de l’opposition. Le gouvernement, pour sa part, parle d’“incidents isolés” et accuse certains opposants de vouloir “troubler l’ordre public”.
La réélection de Paul Biya suscite des réactions contrastées. Dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, c’est la satisfaction et l’appel à la continuité. “Le peuple camerounais a renouvelé sa confiance à un homme d’expérience, garant de la paix et de la stabilité”, a affirmé un député du parti présidentiel. Mais du côté de la société civile, de nombreuses voix dénoncent une élection “sans transparence” et un processus “verrouillé par le pouvoir”.
À l’international, plusieurs pays africains et alliés du Cameroun ont adressé leurs félicitations au président Biya. Cependant, des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch se disent préoccupées par les violences post-électorales et appellent au respect des libertés publiques. Des chancelleries occidentales évoquent la nécessité d’un dialogue inclusif pour apaiser les tensions et renforcer la démocratie dans le pays.
Dans son discours d’investiture, Paul Biya a appelé les Camerounais à “tourner la page des divisions” et à “regarder vers l’avenir avec confiance”. Il a promis de s’attaquer aux défis économiques, de renforcer la sécurité dans les régions anglophones et de poursuivre les projets de développement. “Je resterai fidèle à la confiance du peuple camerounais”, a-t-il martelé, appelant la jeunesse à “croire en l’avenir du Cameroun”.
Mais sur le terrain, le scepticisme demeure. De nombreux jeunes Camerounais expriment leur lassitude face à un régime qu’ils jugent “immobile” et “déconnecté des réalités”. Dans plusieurs quartiers de Yaoundé et Douala, des habitants affirment n’avoir vu “aucun changement concret” depuis des décennies, malgré les promesses répétées du pouvoir.
Après plus de quatre décennies au pouvoir, Paul Biya reste l’un des plus anciens dirigeants du monde encore en exercice. Son huitième mandat ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire politique du Cameroun, entre continuité et contestation. Si le président se veut garant de la stabilité, ses opposants redoutent plutôt une stagnation politique et sociale, dans un pays où les appels au changement deviennent de plus en plus pressants.