Bukavu : 24 vaches laitières offertes à huit jeunes hommes pour contribuer au paiement de leur dot
Une initiative du groupe évangéliste « Kundi la Wa Injilisti » de la 8ᵉ CEPAC Sayuni Panzi suscite un débat sur le rôle social de l'Église et l'accompagnement des jeunes en âge de se marier. Vingt-quatre vaches laitières, évaluées à environ 12 000 dollars américains, ont été offertes à huit jeunes hommes pour contribuer au paiement de leur dot, dimanche 26 juillet 2026.
L'initiative, qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, a suscité des réactions contrastées au sein de l'opinion. Plusieurs personnes saluent ce geste, qu'elles considèrent comme une forme d'accompagnement social des jeunes confrontés aux difficultés économiques liées au mariage.
Pour ces observateurs, cette action démontre que les communautés religieuses peuvent jouer un rôle dans la résolution de certains problèmes sociaux auxquels leurs fidèles sont confrontés, au-delà de la prédication de la Parole de Dieu.
Toutefois, d'autres personnes, tout en reconnaissant le caractère inhabituel et louable de cette initiative, expriment des réserves quant à ses éventuelles conséquences dans la vie des futurs couples.
Selon elles, le fait que la dot soit prise en charge par l'Église, plutôt que d'être directement payée par l'homme, comme le veut généralement la tradition africaine, pourrait avoir des répercussions dans certains foyers. Ces observateurs craignent notamment que cette situation puisse, dans certains cas, affecter la considération accordée au mari par son épouse ou être à l'origine de certaines incompréhensions au sein du couple.
Une préoccupation à laquelle réagit l'expert en genre et mobilisation communautaire, Tonny Musombwa, qui encourage cette initiative et la qualifie de « louable ».
Selon lui, de nombreux jeunes fidèles atteignent l'âge du mariage, mais se retrouvent dans l'incapacité de concrétiser leur projet en raison du manque de moyens financiers.
« Plusieurs jeunes fidèles de différentes églises atteignent l'âge du mariage, mais, faute de moyens, ils passent plusieurs années dans des relations sans parvenir à concrétiser leur projet. Certains finissent même par avoir des grossesses et sont parfois excommuniés de leurs églises », explique Tonny Musombwa.
Pour cet expert, l'accompagnement des jeunes en âge de se marier devrait faire partie des actions sociales que les églises peuvent mener au profit de leurs fidèles. Il estime que l'aide apportée par une communauté religieuse ne devrait pas être considérée comme une remise en cause de la responsabilité de l'homme, mais plutôt comme une forme de solidarité.
Tonny Musombwa appelle ainsi les églises du monde entier, et particulièrement celles de la ville et du territoire d'Uvira, à s'inspirer de cette initiative afin de renforcer l'accompagnement des jeunes et de contribuer à la réduction des difficultés économiques qui retardent la célébration de nombreux mariages.
Répondant à la question de savoir si un homme pourrait perdre de sa considération au sein de son foyer lorsque sa dot a été payée avec l'appui de l'Église, l'expert en genre rappelle que, dans la pratique, il est rare qu'une personne finance seule, à 100 %, toutes les dépenses liées à son mariage.
« Personne ne se suffit à lui-même dans ce monde. Même celui qui pense avoir payé sa dot à 100 % a toujours bénéficié, d'une manière ou d'une autre, de l'aide d'autres personnes. Moi qui vous parle, cela ne fait pas encore deux ans que j'ai célébré mon mariage et je n'ai pas payé 100 % de ma dot. J'ai également reçu un coup de main de la part d'autres personnes », a-t-il expliqué.
Pour lui, l'essentiel ne devrait pas être uniquement la personne qui a contribué au paiement de la dot, mais plutôt l'engagement des futurs époux, leur responsabilité et leur capacité à construire ensemble un foyer fondé sur le respect et la compréhension mutuelle.
Cette initiative relance également le débat sur la mission sociale des églises en République démocratique du Congo. Plusieurs observateurs estiment que les communautés religieuses devraient davantage s'impliquer dans l'accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité, particulièrement les jeunes confrontés aux difficultés économiques.
Ils estiment que l'Église, au-delà de sa mission spirituelle, peut également contribuer à apporter des réponses concrètes à certains défis sociaux qui touchent ses fidèles. Pour ces observateurs, l'appui aux jeunes en âge de se marier pourrait constituer l'une des formes de cet accompagnement.
L'initiative du groupe évangéliste « Kundi la Wa Injilisti » ouvre ainsi un débat sur la responsabilité sociale des églises, la solidarité communautaire et la place des traditions dans les nouvelles formes d'accompagnement des jeunes en République démocratique du Congo.
Matumabiri Masumbuko Matou
TAN MEDIA
Journaliste - Blogueur
Passionné par l'actualité africaine
Précieuse Initiative mon frère Christian Matou